La Fricadelle/Fricandelle
Le goût des Belges
© Sven Laurent
"Mmmmm.. C'est délicieux, mais qu'y a-t-il à
l'intérieur ?"
"Ch'est un secret. Din ch'nord tout le monde il le sait personne il le
dit."
(Dany Boon)
Aïe, nous voilà partis pour une belle série d’empoignades
romaines, je nous vois d’ici durant les moments de promotion du livre, affronter
la vindicte populaire, c’est-à-dire vous, chers lecteurs. Car il
y aura deux tenants, voir des lieux tenants, de deux écoles opposées.
Les partisans de la FRICADELLE et ceux non moins acharnés de la FRICANDELLE.
Je sais que vous ferez comme pas loin de 80% des gens qui sont en possession d’un
livre, vous ne le lirez pas, donc je m’adresse aux 20% résiduels.
Laissez tomber les gars, il ne s’agit pas de la même chose. Et là,
tatatatata, c’est plus fort qu’Alain Decaux et Jo Gérard réunis,
plus percutant que Joe Frazier à sa grande époque, j’ai la
réponse. Nananèèèère. Commençons par
le commencement. Il existe, dans la cuisine traditionnelle, un plat nommé
« fricandeau de veau ». Il s’agit d’une tranche
de veau piquée au lard. Il se pourrait que le nom vienne de là.
Au dix-neuvième siècle, la cuisine dite bourgeoise, c’est-à-dire
un certain art d’accommoder les restes, les Jamie Oliver et Cyril Lignac
de ce temps-là, raffolait de pains de viande, boulettes et autres hachis
Parmentier ou non. D’après Jean de Gouy, chef de l’archiduc
Rodolphe, de l’archiduchesse Stéphanie et des princes d’Arenberg,
la fricadelle est une balleke version bourgeoise. Il en donne la recette dans
« La cuisine et la pâtisserie bourgeoises à la portée
de tous » un ouvrage publié en 1889 à Bruxelles (merci
à la riche bibliothèque de papa).
C’est là que l’on trouve les FRICADELLES officielles avec certitude.
Il s’agit de grosses boulettes de viande hachée, subtil mélange
porc et veau additionné d’un peu de pain, de lait, aromatisé
à la muscade, roulé en boules plates, farinées et cuites
doucement dans un plat à rôtir beurré durant quinze minutes
dans un four assez chaud. Lors de mes années d’école hôtelière,
le chef Gérard et ses potes nous faisaient régulièrement
exécuter des fricadelles lyonnaises, c’est à dire cuites avec
des oignons en rouelle. Oui, mais alors, que sont les FRICANDELLES que l’on
trouve dans les fritkots de notre merveilleux royaume ? Alors là,
clystère et boules de nonnes. Aucune idée. Il est d’ailleurs
merveilleux de voir le nombre de sites qui en parlent, qui échafaudent
des théories étranges. Les FRICANDELLES sont des produits de marque.
C’est là la différence : les unes sont des boulettes de viande
hachée, les autres un genre de saucisses de la taille d’une francfort,
panées, que l’on prépare à la friture en plongeant
la chose encore surgelée environ 4 minutes dans l'huile à 180°C.
La composition indique au moins 74% de viande (poulet, porc et cheval). Les 26
% restants se répartissant en eau, chapelure, sel et condiments, arôme,
dextrose et émulsifiant.
Si vous avez des craintes pour votre embonpoint, dormez en paix, il n'y a que
240 kcal par 100 grammes, c’est raisonnable. Si vous les cuisez à
la vapeur…
Pour clore le débat, sur
un blog de Pure FM, j’ai trouvé cette belle idée, je vous
la livre telle quelle :
« En néerlandais, on dit «frikandelle» (ou «curryworst»
mais alors ma démonstration tombe à l’eau) et, inconsciemment,
le Belge francophone, se rêvant bilingue, a contracté les deux, a
fait un «mash up» comme on dit aujourd’hui et en a tiré
le mot «fricandelle». Dixit Geoffroy Klompkes, le 22 mars 2007.
Même la langue des Belges a un Goût des Belges, mêlée
qu’elle est de nord et de sud.






















