Hamburger de festival
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Oui, parfaitement, le Hambourgeois a tout à fait le droit d’assister à des festivals, bals, cals, carnavals, chacals mais pas à cheval. C’est comme ça, on ne déroge pas à la règle. Seuls les Brandebourgeois ont le droit d’assister aux festivals à cheval. Au vu des complications logistiques engendrées, ils ont préféré laisser leur place à nos bons amis Gens d’Armes, c’est à cause de cela que l’on voit nettement plus de Hambourgeois que de Brandebourgeois à la sortie des événements.
Bon, d’accord, là je dis « de festival », mais je pourrais aussi évoquer les simples concerts, les matches de foot ; non, pour le basket, c’est différent. Pour que le Hambourgeois se donne complètement, il faut qu’il y ait du monde et qu’il fasse plutôt immonde au niveau climatique. Vous sortez de votre concert/festival/match (biffez les mentions inutiles), la tête un peu pleine de bruits, de cris, d’odeurs, de martèlements. Un peu comme si vous étiez ailleurs. Vous avez communié à quelques milliers dans la grand messe « panem et circenses ». Vous voilà non pas officiants mais fidèles de la modernité. Il vous faut vous aussi votre transsubstantiation, histoire de terminer en beauté et de rentrer chez vous le corps aussi plein que l’esprit. Oui, madame, même après un match de foot, il est possible d’avoir l’esprit occupé.
Par sa survie, par exemple. Dans ce cas précis, il ne sera pas question de s’attarder à transsubstantier un Hambourgeois mais plutôt de trouver un remplaçant de brandebourgeois à cheval, ou à pied ou en voiture ou comme il veut mais que son règne arrive sur la terre très rapidement. Donc, vous quittez, le cœur rempli mais marri que les choses fussent si courtes, le lieu de rassemblement de plusieurs milliers de vos semblables. Même si, personnellement, je me sens assez peu de points communs avec un supporter de (ici mon éditeur m’a conseillé, pour des raisons commerciales évidentes, de ne pas citer de nom en particulier, on ne sait jamais où se nichent les clients potentiels) voire un fan de (idem). Vous chantâtes, vous dansâtes, vous hurlâtes à la lune, sur l’arbitre, pour un bis, pour Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiick, Filiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip ou Eriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiic, vous transpirâtes, vous fûtes debout pendant plusieurs heures, bref, après cet effort soutenu et néanmoins constant, vous avez faim et soif. En ce qui concerne la boisson, veuillez vous procurer au plus vite le tome 1. Moi, je dis ça je dis rien, mais c’est pour vous éviter un trou culturel devant tous vos copains.
Vous allez donc faire la file avec une série d’individus de votre espèce vers l’autel illuminé au moyen d’un petit groupe électrogène pétaradant. Lorsque l’officiant vous tendra le hambourgeois, vous donnerez votre monnaie au bol. Vous vous tournerez alors vers vos condisciples et vous marcherez doucement en ruminant le pain rassis et le morceau de chose que l’on nomme parfois viande, parfois soja, c’est selon, en direction de votre moyen de transport préféré. Bien qu’il y ait de nombreux embouteillages, je vous déconseille fortement de consommer votre hambourgeois dans la voiture. A moins qu’une impérieuse, que dis-je, une furieuse, envie ne vous terrasse, l’extérieur est préférable. C’est que ça sent un hambourgeois, mais surtout ça tache. Le hambourgeois moyen laisse souvent échapper un filet de sauce tomate, voire quelques morceaux d’oignons gras. Debout, vous faites échec à plusieurs lois de Murphy. S’il pleut, c’est encore meilleur, la pluie nationale renforce les saveurs du hambourgeois, c’est évident. C’est pour ça qu’on les aime.






















