Les macaronis au sucre
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Il m’est venu l’idée de vous parler des macaronis au sucre comme m’est venue celle des bonbons et des douceurs de mon enfance.
Le macaroni au sucre ne fait pas partie de la haute gastronomie ni même de la gastronomie tout court mais simplement de mes années en collants troués aux genoux, aux tresses défaites et aux joues rouges.
A la maison, il n’y avait de macaronis au sucre que s’il y avait pour commencer un gratin de macaroni jambon-fromage. Les deux choses étaient indissociables. Aussi indissociables à table que ne l’étaient les grimaces de mon frère quand il s’agissait de manger (il s’est rattrapé) et mon féroce appétit qu’il fallait freiner (j’ai pas changé).
Après le gratin, venait le temps du reste de macaronis. Gardés au chaud dans une passoire maintenue dans la grande casserole, ils attendaient patiemment leur tour, sûrs et certains de leur effet.
Je crois me souvenir que maman, qui avait effectué un stage livresque auprès de Gaston Clément, nous faisait savoir aux alentours de l’avant-dernière fourchette qu’il restait encore quelques pâtes pour celui qui voulait et que si on avait envie, elle pouvait préparer un peu de macaronis au sucre. Je ne sais plus si nous avions le temps de répondre que déjà les petites assiettes, à dessert, faisaient leur apparition. Car le macaroni au sucre est un dessert qui remplace le dessert. Vous pouvez danser sur votre tête, après plus question de demander une mousse au chocolat. Quoique ce serait une forme de suicide.
La recette des macaronis au sucre n’existe nulle part. Elle fait partie de ces choses impalpables (bien que ce soit de la cassonade) qu’on ne trouvait auparavant dans aucun bouquin. Ce n’était que justice qu’enfin, elle trouve une place dans un ouvrage digne de ce nom.
Pour faire des macaronis au sucre, prévoir des macaronis, plus gros est le calibre, plus grand est le plaisir (même si votre femme vous fait croire le contraire). Les cuire al dente. Les laisser reposer le temps d’une ingurgitation de gratin. Faire revenir une énorme noix de beurre de ferme bien salé dans une casserole et y jeter les bêtes d’un geste leste. Une fois réchauffés, couper les machines et incorporer doucement la cassonade. La laisser fondre quelques minutes avant de servir. Servir. Prévoir une dose de tolérance envers les enfants parce que plus le calibre est gros, plus il y a de beurre, plus la cassonade est douce, plus il y aura de bêtises et de bruits de succion atroces.
Ben oui, faut que ça goûte, quoi !!




