Le Giant
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Quoi, comment est-ce possible, je rêve ? Que fait un produit de néfaste food dans ces pages merveilleuses ?
Après tout, pourquoi le hamburger de nos ducasses et matches de foot ou les beignets de la foire auraient-ils plus de lettres de noblesse que ce bon vieux Giant ?
Vieux, certes oui, car la bête n’est plus toute jeune, juste un rien plus que moi et au moment où je vous parle, elle en est déjà à sa deuxième génération de consommateurs, en admettant qu’on commence à apprécier le Giant dès l’école primaire et moi nettement plus tard dans la vie.
La chose se présente, depuis sa naissance à l’université belge du hamburger, dans une boîte en carton. Il est intéressant de noter qu’en accord avec la récente prise de conscience écologique, le producteur nous informe qu’il ne s’agit pas de n’importe quel emballage mais bien d’un produit bio-recyclo-dégradable inoffensif pour l’environnement et qu’en quelque sorte, en mangeant un Giant, on rend service à la planète. A l’intérieur de ladite boîte, repose un hamburger et pas n’importe lequel (pour les renseignements diététiques, se référer à la littérature fournie par la firme sur le papier recouvrant le plateau rouge). Pain blanc (industriel), deux tranches de viande de bœuf haché (non vache folle), fromage fondu (méga industriel), salade plus ou moins fraîche, le tout nappé de sauce. Bon, ok, pour la pub, je sens bien que je ne tiens pas le bon bout pour alpaguer le client mais attendez, je vais me rattraper. Car le Giant, moi j’aime cela. Oh, d’accord pas tous les jours. Mais assez pour ne jamais me laisser séduire par les nouveaux produits proposés, les jours où la marmaille que je tolère sous mon toit me convainc de manger au Quick, assez pour ne jamais pousser la porte d’un Mac Do, assez pour lui donner une place dans ce bel ouvrage.
Est-ce cette mollesse incroyable qui vous remplit la bouche, est-ce le petit surplus de sauce blanche qui vous teinte les lèvres, est-ce le coup de langue qui rattrape habilement le bout de laitue avant qu’il ne s’étale sur le menton, est le mouvement élégant de la nuque, tête légèrement inclinée vers le plafond pour faire glisser le tout en direction de l’estomac contrecarrant ainsi le processus masticatoire qui, vu l’absence de résistance de la chose, tend à pousser ses composants les plus gras vers une chemise immaculée ? Je ne saurais dire à quoi tient l’alchimie mais force est de constater qu’à presque 40 ans, le Giant n’a pas pris une ride (à propos, moi non plus) et continue à faire un peu notre bonheur. Paraît que c’est une question de goût, qu’ils disent chez Quick !




