Le café en capsule
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Il y a des jours où le passé a des parfums. En fait, je crois que le passé, ce sont surtout des odeurs et un peu de bruit. Je pense souvent au bruit du percolateur, le matin avant de partir au lycée. A cette odeur chaude qui me faisait tourner l’estomac. Surtout les jours de gym. Allez savoir pourquoi. Bref, pour moi, le café au perco, c’était déjà l’odeur de l’horreur. Puis vint ce temps de l’internat où le café est une boisson noire, certes chaude parfois, qui donne du goût au lait et aux tartines de gouda jeune.
Je ne vous parle pas de la lavasse militaire et de son odeur de piscine mal ventilée. Un jour, je me suis mis à boire du café, mais il était tard dans ma vie déjà. J’ai découvert le café dans les yeux d’une sudiste. Là où le minicafé est un culte. Non qu’il soit plus fort que le “café perco” ou “chaussette” de nos grands-mères, au contraire même. Il a une autre consistance. Il remplit la bouche différemment, plus long même s’il est plus court, il est presque épais et sa mousse est crémeuse.
Un jour, des rois du marketing ont eu l’idée d’individualiser cette élaboration particulière du café. La machine à expresso individuel était née. Mais encore fallait-il la bonne mouture pour obtenir un résultat final satisfaisant. Pas une mince affaire. Et c’est là qu’un autre éclair de génie jaillit au fond des neurones d’un gars moins sot que les autres : il n’y a qu’à enfermer le café dans des capsules, métalliques ou de papier, régler les machines à la bonne pression et à la bonne température, téléphoner à George Clooney et hop, le prochain cadeau de fête des Mères, des Pères, de Noël, de nouvel an, d’anniversaire, de saint-glinglin était trouvé. Un miracle ! Surtout pour les marchands de café. Tentez de calculer le prix d’un kilo de café en capsule et vous comprendrez pour quoi les pubs sont toujours aussi souriantes. Il n’empêche, malgré le prix prohibitif du café, la consommation a explosé, augmentant de plusieurs centaines de pour-cent en très peu de temps. Le café capsule, ustensile de bobo au départ, est devenu un véritable phénomène de société. Si l’on ajoute dans l’équation qu’en Belgique, trois mariages sur quatre se terminent par une séparation, cela laisse une belle marge de progression aux marchands de machines. Faudrait peut-être envisager un concept spécial divorce, je sais pas moi, la machine qui se branche sur l’allume-cigare de la voiture ? Bon, d’accord, ce n’est pas gagné, d’autant qu’au rythme où c’est parti, il n’y aura bientôt plus d’allume-cigares dans les automobiles.






















