La confiture de rhubarbe
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Commençons par un peu de botanique car la bête n’est pas inoffensive et, avant d’envisager sa capture, quelques principes élémentaires de survie se doivent d’être connus.
La rhubarbe, genre Rheum (mais c’est plus qu’un rhume que vous risquez si vous ne lisez pas ces lignes attentivement), appartient à la famille des Polygonacées. Cela vous donnera un petit côté cultivé si vous réussissez à le placer dans une conversation. C’est une plante vigoureuse (la condition pour pouvoir rivaliser avec les pommes de terre et les carottes) originaire d’Asie, qui servait de base à maintes préparations médicinales en Chine (dés de rhubarbes à la sauce hoisin pour traiter le mal de gorge, rouleaux de printemps à l’essence de rhubarbe à placer dans le cou pour les crampes musculaires, wok de rhubarbe en bouillotte sur le ventre en cas de règles douloureuses, j’en passe et des meilleures …). Elle ne fit son entrée en Europe qu’au XVIIIe siècle, notamment dans le jardin de mes parents, en plein cœur de la Wallonie.
Le lecteur attentif, tenu en haleine par mon admirable dissertation, ne manquera pas de noter que rien dans de ce qui a été dit, n’explique le côté dangereux de la bête. Nous y voilà. Surtout, ne mangez pas les feuilles de rhubarbe, elles sont extrêmement toxiques et vous péririez dans d’affreuses souffrances que même la médecine moderne ne peut soulager. Contentez-vous des pétioles. Des tiges, quoi ! Seule partie recommandable de la bête. Recommandable et recommandée parce qu’en ce qui me concerne la confiture de rhubarbe, c’est celle que je préfère ! La vraie confiture de rhubarbe, celle de ma môôman, rien qu’avec de la rhubarbe en morceaux, sans abricots passés comme celle de ma grand-mère, sans fraises même de Wépion comme chez Materne ou sans baies de genévriers (pourquoi pas des copeaux de babelutte ou des rondelles de pipes d’Ardenne, tant qu’on y est ?) comme on en trouve parfois dans certains marchés villageois.
La confiture de ma mère est amère (tu es donc mon frère ?), pas trop sucrée et s’étale en couche de 3 cm sur une tartine de beurre bien salé. Avec un bol de café fort pour balancer les saveurs. Un délice !
Maintenant que j’y pense, si la confiture maternelle était si délicieuse, c’était parce que c’est bibi qui allais couper la rhubarbe, bravant tous les dangers et que c’est toujours bibi qui mouillais les feuilles de cellophane avec la petite éponge pour bien les tendre au-dessus des bocaux. Ouais quand j’y pense, sans moi, mes parents ne seraient pas grand-chose … Ou est-ce le contraire ?






















