Frisée aux lardons
Le goût des Belges
© Sven Laurent
La vie d’un gastronome est un magnifique et harmonieux mélange de choses faciles et difficiles. Prenons l’oie à l’instar de Visé dont la préparation figure en bonne et due forme dans les pages de ce recueil. Tout le monde s’accordera à dire que ce plat est une épreuve dans la vie d’un cuisinier et a fortiori dans celle d’une mère de famille débordée. Penchons-nous à présent sur la pêche au thon, version non sportive qui ne nécessite pas le port d’un ciré jaune et de bottes en caoutchouc. Peu de gens sont incapables de mener à bien la confection de ce chef d’œuvre de la gastronomie. La seule véritable difficulté serait l’absence de tabouret ou d’escabeau permettant à la personne de petite taille (le plat est réalisable à partir de cinq ans) de saisir les boîtes de conserve situées dans la partie supérieure du placard.
La frisée aux lardons se situe certes dans cette seconde catégorie et pas un bouquin de cuisine ne la range dans une classe supérieure à supersimpleconvientpourdemeurésoumaladroits. Et pourtant, les choses ne sont pas aussi faciles que ça et il y a un minimum de facteurs à respecter (mais oubliez le facteur « chance ») pour que le Goût soit avec vous.
Oubliez d’emblée l’endive frisée qui s’étiole dans le bac à légumes de votre frigidaire depuis samedi passé, jour des grosses courses, enfilez vos rollers et glissez jusque chez le maraîcher le plus proche faire l’achat d’une salade fraîche. Tant que vous y êtes, poussez jusque chez le boucher car qui dit lardons, dit quelques belles tranches de lard ; vous ne pensiez quand même pas jeter un paquet de trucs roses et blancs préemballés dans le saladier ?
Vous voici donc en chaussettes, les rollers gisant à l’entrée de la pièce et constituant un sale piège et un futur sujet de dispute quand votre bien-aimée moitié va rentrer, les yeux rivés dans ceux de cette belle frisée offerte sur le plan de travail. Armé d’un couteau, visez le cœur. C’est lui qu’il faut garder. Méprisez les feuilles foncées de périphérie et laissez-les rejoindre la frisée des grosses courses dans la poubelle. Coupez et débitez allègrement le tendre cœur pendant que chantent les lardons dans la poêle. Lardons, échalotes, morceaux de pommes de terre, cerneaux de noix ou encore croûtons, selon votre envie, viendront batifoler gaiement avec la verdure dans un grand plat. Pour l’assaisonnement, la moutarde et le vinaigre sont primordiaux. Le fin du fin consiste à déglacer la poêle avec un filet de vinaigre de framboise et à le verser, encore tiède, sur la préparation.
Pfff, tout ça me met l’eau à la bouche. Dans mon frigo, aucun des ingrédients pour combler mes désirs. Il ne me reste qu’à sauter dans mes rollers. En route pour une belle aventure (surtout qu’il pleut) (tiens, donc ….) et que le Goût soit avec moi !






















