Pâté crème
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Manger du pâté crème est-il l’apanage, la caractéristique première du Belge qui permettrait de le reconnaître immédiatement dans une énorme salle à manger cosmopolite ? Certes, non, d’autres peuples s’adonnent également à la chose mais d’une façon moins poétique. Car, nous sommes les élus d’une classe de consommateurs, les seuls, les uniques à couvrir nos tartines de pâté criiiinnnnme. Cela nous vient-il de nos séjours de petite enfance à la mer du Nord où nous remplissions inlassablement de sable dur des formes en plastique pour décorer toute la plage d’une multitude de pâtés ? Cela nous vient-il de cette aptitude, que l’univers entier nous envie, à enrouler de fleurs et de petits oiseaux qui chantent des mots aussi simples que « Madeliiinnnne, je t’iiinnnme » ? Personne ne sait au juste la raison pour laquelle se trouve dans tout frigo belge une grosse tranche d’un bon centimètre, s’il vous plaît monsieur le boucher, de pâté crème. On fait même état d’une pratique consistant à en garnir les sandwichs des héritiers de notre belle patrie, en moyenne deux à trois fois par semaine, afin d’apporter à l’odeur du réfectoire, saturée de soupe rouge renversée, une délicate fragrance d’étal charcutier.
Un bon pâté crème doit posséder plusieurs qualités. D’abord il est impératif qu’il sente mais pas trop. Si, dès l’ouverture du frigidaire, vos délicates narines se trouvent agressées par sa présence, sachez qu’une fois réchauffé par plusieurs heures passées dans un cartable, il y a fort à parier qu’il rejoindra les berlingots vides dans la poubelle. Ensuite, il doit être le plus tartinable possible, ce qui le différencie des autres pâtés à gros morceaux auxquels notre fragile pain blanc ne résiste pas. Un bon pâté crème s’étale facilement et doit ressembler, une fois posé, à une sorte de ciment, scellant à jamais la tartine pliée. Si vous parvenez à ouvrir une tartine de pâté crème, écrivez au plus vite à Test Achats pour dénoncer la supercherie. Enfin, un bon pâté crème a la saveur d’un pique-nique dans une clairière, sur une nappe à carreaux et sous un petit vent qui agite doucement les feuilles. Allez-y, essayez, avec une grosse miche de pain de campagne, une cruche de bière et un ami pour vous tenir compagnie, c’est divin.






















