La trappiste de Chimay
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Haaaaaa, le pays de Chimay ! Quel bonheur, ces paysages vierges, ces forêts profondes. Parfois, à l’orée d’un petit village, au détour d’un chemin forestier, on pourrait se croire replongé, par je ne sais quel accident du terrain et du temps, un siècle plus tôt. Je ne suis malheureusement pas natif du pays de Chimay, je n’y fus qu’un émigré de passage. Pourtant, quand mes pneus m’y roulent, j’ai le sentiment d’avoir toujours vécu là. Quand la vallée s’ouvre vers Grandieu et que la route trace deux lacets lascifs au milieu des prairies couturées des sentiers à vaches, j’ai la sensation très nette d’être arrivé. Où ? Ca, c’est une autre histoire. Au pays caché, celui qui est derrière celui des grands arbres. Mais pourquoi vous parler de ce village ? Parce que l’on y élabore une bière nommée trappistine. C’est ça, une petite trappiste dans ce petit village du petit pays de Chimay. La légende raconte qu’un de nos voisins avait la capacité d’en dégommer douze à la suite sur les douze coups de minuit du nouvel an. Exploit drolatique d’une autre époque où la fête existait ailleurs qu’à la télé. Pour en venir à la fameuse trappiste, elle est brassée à côté de Chimay. La ville est trop petite pour contenir une brasserie en plus d’un château et d’une famille princière. Le seul point commun entre Chimay et Monaco, en plus d’un rocher. Ici, chez nous, la princesse est une femme d’exception, une femme qui se bat pour son château, pour son patrimoine. Le rapport entre le château et la bière se fait par la Jurade princière qui se réunit dans le Petit Théâtre du château.
La bière elle-même est élaborée à l’abbaye de Scourmont. La mise en bouteille et les départements administratifs se trouvent à quelques encablures de l’abbaye proprement dite, pour que les moines puissent vivre en paix. La création de l’abbaye remonte à 1862, c’est aussi de cette époque que date la bière. Que vous dire d’une Chimay que vous ne sachiez pas déjà ? Rien à propos du goût, par contre, chose vraiment intéressante, les bénéfices de l’activité sont affectés à plusieurs causes humanitaires. Du local et du lointain.
En fait, plutôt que de vous infantiliser en vous transmettant cette sotte phrase qui dit qu’une bière brassée avec savoir se déguste avec modération, je préfère vous dire qu’à chaque Chimay bue, c’est un peu plus de bonheur pour le monde. C’est mieux ça, non ?






















