Le Tango
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Le tango, c’est une danse argentine sensuelle, compliquée et d’une beauté, lorsqu’elle est bien exécutée, rare. Au son du bandonéon, un homme et une femme enlacent leurs jambes, leurs bras, leurs yeux, leurs doigts et scandent la vie, la mort, l’amour. Le tango moderne est encore plus sensuel que l’ancien. Encore plus à vif, exprimant à la fois la fierté de l’hidalgo triste éloigné de ses racines et de l’homme né dans ce coin d’Amérique, loin de cette Europe qu’il fantasme. Le tango, c’est aussi une façon de chasser le gris du quotidien, les années noires récentes du pays. Le tango, c’est un art de vivre, une façon d’exister, d’être tout simplement. Un danseur de tango en civil peut être vieux, gris, moche et voûté. Quand la musique commence, il redeviendra celui qu’il a rêvé d’être un jour, celui qui se tenait droit et qui ; de son œil noir, considérait le monde comme quelque chose de lointain, de vulgaire presque. Un tango, c’est tout ça. C’est aussi parfois un opérateur téléphonique luxembourgeois. Mais alors, dites-moi, qui pourra m’expliquer pourquoi ce subtil mélange de pils et de grenadine de bas étage destiné à égayer les soirées estudiantines et autres guindailles du Carré porte ce nom ? Est-ce à cause du regard du buveur après douze tangos ? Ce regard qui considère vulgairement le monde autour de lui avant de poser tranquillement ses tripes dans le caniveau. Est-ce à cause des mouvements délicats des doigts qui jouent le long des cannelures de la base du verre à pils ? Ou est-ce à cause des filaments de sirop carmin qui dansent à des profondeurs et des densités différentes sur toute la hauteur de la bière ? Et si c’était simplement à cause du mélange, un peu contre nature ?






















