Les lacets
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Qui fut l’inventeur du bonbon ? Bonne question dont la réponse se trouve peut-être dans le dictionnaire des inventions, mais rien n’est moins sûr. Comme je parle de sur, vous vous attendez sûrement à un acidulé quelconque. Excusez-moi, ce serait faire offense à votre capacité de lecture. Il y a un titre et c’est le lacet. Le ou les lacets car un lacet ne se promène jamais seul sauf quand il est le dernier du paquet ou quand on est si désargenté qu’on a à peine eu de quoi s’en offrir un unique exemplaire à l’épicerie du village. Je croyais la tradition perdue mais ce n’est pas le cas. Encore de nos jours, on trouve même en ville des melo-cakes, des hosties, des ours en gomme et des lacets à la pièce. Il y a les lacets de couleur, aux colorants différents mais dont le goût est à peu de chose près semblable, mais le vrai lacet est en réglisse. Noir et collant. Surtout quand on l’a mâchonné le temps imparti. Qui varie non pas d’un lacet à l’autre mais d’un individu à l’autre. Il est quasiment impossible, même pour un adulte, de résister à la tentation de mordiller et de suçoter le lacet sur toute sa longueur sans le sortir de sa bouche et de le brandir devant soi tel un trophée exceptionnel.
Certains d’entre vous ont en leur vie, ne dites pas non, ça ne sert à rien, cela ne sera pas vérifié, stocké dans un coin de leur table de nuit des lacets en cours de consommation. Non pas des lacets à moitié mangés mais bien des lacets à moitié sucés. Ils ont connu l’affreux dilemme par la suite. Que faire le lendemain voire quelques jours plus tard quant l’envie de lacet vous reprend ? Commencer un autre lacet et abandonner le précédent ? Cela serait criminel. Non, le dérouler avec délectation, car seul et dans le noir, le lacet a une grande propension à se lover en position fœtale, comme pour se rassurer, et reprendre la tâche là où on l’avait laissée. Vient alors un moment où le temps est suspendu. Les quelques secondes avant que l’on se décide à happer l’agglomérat noir et luisant d’un seul coup d’incisive rageuse.






















