Le café chaussette
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Il y a encore peu d’années, avant que les cafés expresso individuels envahissent nos contrées et nos cuisines, la Belgique croyait qu’elle avait un très bon café. Héritage de notre colonie bien-aimée, certainement. Bourrage de crâne inconscient des torréfacteurs, du centre de Namur à l’entrée de l’autoroute A12 en passant par les hauteurs de Liège, les passagers des voitures sentent souvent, aux heures de pointe, l’odeur si caractéristique du café en train de chauffer. La torréfaction à la belge donne des cafés peu brûlés, plutôt délicats dans les arômes.
Si, longtemps, le maragogype allié au robusta a été la signature de nos cafés, le goût d’aujourd’hui, plus italien, utilise d’autres variétés d’arabica. Il n’empêche, quand le café était plus belge qu’aujourd’hui, on trouvait souvent du café chaussette sur le poêle des arrière-cuisines. Dans une cafetière émaillée trempait un filtre en je ne sais quelle matière. Dans ce filtre, quelques grains de chicorée et quelques cuillères de café moulu. Le moulin à café mécanique était un bonheur. On mettait une poignée de graines dans l’espèce d’entonnoir juste sous la manivelle. Puis on tournait en maintenant le moulin fermement entre les cuisses. Gaffe aux pincettes pour ceux qui étaient en courtes culottes. Au bout de quelques, longues, minutes, le petit tiroir du bas était plein. On utilisait une boîte en fer pour conserver le café fraîchement moulu. Avec une dosette, il fallait remplir le filtre. D’abord l’ébouillanter un peu, histoire de le faire gonfler comme il faut. Puis, verser l’eau petit à petit. Quand la bouilloire est vide, le café est fait et la maison sent le café chaud. La cafetière prend alors place sur le côté du poêle ou du fourneau, cela dépend des maisons.
En début de journée, il est encore consommable sans trop de risque cardiaque.
Au fil du jour qui passe, et des jattes qui se vident, on remet un peu d’eau par-dessus, et le café continue à tremper, ce qui fait qu’à quatre heures, il a plus ou moins la puissance d’un ouragan de force 3. Deux tasses suffisent à un athlète moyen pour terminer l’Ironman de Hawaii. Vous prenez une demi-tasse pour faire plaisir à nènenne, et là vous sentez la goutte qui transperce votre œsophage, un peu comme de l’acide sulfurique sur une plaque d’acier. Après la première gorgée, votre cœur pulse à environ deux cent cinquante par minute, votre tension vient de passer à 23. Et votre vieille nènenne ne moufte pas, elle vient de s’enfiler sa vingt-deuxième tasse de la journée. A s’n aise. Sacrée nènenne !






















