Les crêpes
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Certes, les crêpes ne sont pas spécifiquement belges. Chez nos voisins, qu’ils soient du nord, de l’ouest ou de l’est, on en mange aussi. Mais, chez nous, les crêpes ont un statut tout à fait particulier.
Tout d’abord, et nonobstant leurs qualités éventuelles, elles remplacent pendant une journée la grenouille de monsieur Météo. En effet, à la chandeleur, l’hiver se meurt ou reprend vigueur. De plus, si l’on a le bonheur de tenir une pièce d’or en main pour les faire sauter ce jour-là, on aura une belle année. Mais il faut les faire sauter. ET là, une fois de plus, nous Belges sommes les plus braves ; il n’y qu’à lire les aventures de Gaston, lui il les colle au plafond. Fantasme de tous les étudiants en hôtellerie du royaume. La crêpe, chez nous, n’a pas la noblesse de la crêpe bretonne faite à la farine de sarrasin, ou l’amplitude de la crêpe normande aux pommes flambées, ni même le volume de la crêpe soufflée. Tout au plus elle se fait canaille pleine de cassonade, enfantine à la confiture, surtout sur les joues quand on va jouer sur les moulins de chez Moeder Siska ou d’ailleurs le long des étés pluvieux de la côte.
La crêpe aussi peut se faire énorme quand elle devient un pain. Même nos plus grands chefs en font. La recette est simple. Vous faites vos crêpes classiquement, plutôt fines si c’est dans vos possibilités, mais en les empilant, entre chaque pièce, vous saupoudrez généreusement de cassonade brune et d’un peu de beurre. Au fur et à mesure de vos cuissons, la chaleur fait fondre le beurre et le sucre qui forme comme un sirop. Quand vous aurez terminé votre pâte, il n’y aura plus qu’à découper le pain en parts, à la manière d’une tarte. D’accord, c’est un peu puissant, voire massif, mais personne n’a encore trouvé mieux quand la pluie est traversière, qu’elle bat de grains en grains quelques vieux chevaux…




